Paule Beaugrand-Champagne à la présidence du Conseil de presse

Il n’y avait déjà pas beaucoup de postes de Paule Beaugrand-Champagne n’ait occupé jusque là dans l’univers des médias québécois, et voilà qu’elle en accroche un autre à son CV. Le Conseil de presse vient en effet d’annoncer que c’est elle qui occupera dès lundi, le fauteuil de président, laissé vacant par John Gomery.

Il n’y avait déjà pas beaucoup de postes de Paule Beaugrand-Champagne n’ait occupé jusque là dans l’univers des médias québécois, et voilà qu’elle en accroche un autre à son CV. Le Conseil de presse vient en effet d’annoncer que c’est elle qui occupera dès lundi, le fauteuil de président, laissé vacant par John Gomery.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Les membres du Conseil sont fiers d’annoncer que Paule Beaugrand-Champagne deviendra, le lundi 19 mai, la neuvième personne à occuper la présidence du Conseil de presse du Québec – et la toute première femme à être investie de cette fonction, peut-on lire dans le communiqué diffusé cet après-midi. À l’unanimité, les membres du conseil d’administration ont jugé que, forte d’une longue et brillante carrière en journalisme, Mme Beaugrand-Champagne avait tous les atouts nécessaires pour assumer pleinement les responsabilités incombant à la présidence de l’organisme.»

De fait, Paule Beaugrand-Champagne a été tour à tour éditrice de l’Actualité, PDG de Télé-Québec, rédactrice en chef au Journal de Montréal et à Radio-Canada/RDI Nouvelles, rédactrice en chef adjointe au Devoir, à l’Actualité et à Châtelaine, adjointe au directeur de l’information à La Presse, directrice de l’information au Jour, après avoir été journaliste à La Presse, au Jour et pour diverses autres publications ainsi que chargée de cours en journalisme à l’Université de Montréal pendant de nombreuses années.

Elle a également  fondé le Trente, magazine de Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), dont elle a été la présidente en 1976 et 1977.

Et si elle sort aujourd’hui de sa retraite pour prendre la présidence du Conseil de presse, c’est en fait d’une retraite active puisqu’elle n’a pas complètement cessé ses activités, devenant consultante en journalisme et en information.

«Un organisme indispensable à la vie démocratique»

«Nous sommes extrêmement heureux d’accueillir cette femme d’exception au bagage exceptionnel, a déclaré le secrétaire général du Conseil, Guy Amyot..Personne, au Québec, ne peut se targuer d’avoir une feuille de route aussi riche et diversifiée que la sienne. Partout où elle est passée, Mme Beaugrand-Champagne a toujours insisté sur l’importance de pratiquer un journalisme de qualité, au service des citoyens. En ce sens, le mandat qu’elle vient d’accepter n’est rien d’autre qu’une autre manière de défendre ces valeurs fondamentales.»

De son côté, la nouvelle présidente du Conseil, Mme Paule Beaugrand-Champagne, affirme que depuis sa fondation, le Conseil de presse du Québec  est à ses yeux un organisme indispensable à la vie démocratique.

«Le droit du public à une information de qualité, libre de pressions internes ou externes aux médias, est un droit que je défends avec vigueur depuis mon premier jour de travail dans ce métier, un des plus beaux qui soient parce que si nécessaire en démocratie, écrit-elle. Des citoyens bien informés sont des citoyens libres, en mesure de se faire une opinion et de prendre des décisions éclairées. C’est essentiellement ce qui me guide encore aujourd'hui en acceptant cette importante responsabilité, que j’accepte avec grand enthousiasme».

Déontologie et convergence

S’il est trop tôt pour savoir quels seront les dossiers  que voudra porter Mme Beaugrand-Champagne, force est de constater que la déontologie journalistique a toujours fait partie des préoccupations de celle qui a coécrit, au début des années 1990, Questions d’éthique – Jusqu’où peuvent aller les journalistes? Dans cet ouvrage, elle réfléchit sur les meilleures pratiques à adopter lorsqu’il s’agit de traiter notamment de  suicide ou d’agressions sexuelles, de parler des victimes ou des suspects ayant droit à la présomption d’innocence.

Déontologie toujours lorsqu’en novembre 2010, elle sort de sa réserve pour prendre la défense de ses ex-collègues du Journal de Montréal, en lock-out à l’époque depuis vingt-et-un mois.

Dans une chronique parue dans l’Actualité et intitulée Réquiem pour le Journal de Montréal, elle dénonce «l’aveuglement de son propriétaire», Pierre-Karl Péladeau, qu’elle accuse de vouloir «casser» les employés syndiqués que son père, Pierre, fondateur du quotidien, avait choyé lorsqu’il dirigeait les affaires. En cause selon elle, la convergence.

«Puis, petit à petit, après l’arrivée de PKP à la tête de Québecor, la convergence a commencé à faire son apparition, écrivait-elle. De strictement promotionnelle pour d’autres «produits» de l’empire ou d’assez subtile au début sous la forme de «suggestions» de reportages, elle s’est faite de plus en plus lourde. Les employés ont réagi en se défendant, ce qui au fond était bien naturel: la convergence était imposée d’en haut, n’avait pas été expliquée ni mise dans le contexte de l’industrie et attaquait l’indépendance de l’information.»

Rassurée par la qualité de la relève

Depuis, ce fameux propriétaire est entrée en politique et siège à l’Assemblée nationale à Québec. A l’annonce de sa candidature à Saint-Jérôme, tous les partis ont fustigé les conséquences de la convergence et de la concentration des médias sur l’indépendance du journalisme. L’avenir dira si la présence de Mme Beaugrand-Champagne à la tête du Conseil de presse sera de nature à faire bouger les lignes à ce sujet.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle présidente arrive à un moment où l’industrie des médias vit, si ce n’est une crise, du moins une grande restructuration. Dans une entrevue accordée à ProjetJ à l’issue du congrès de la FPJQ en 2009, elle se disait déjà inquiète face à la situation, précisant pourtant être une optimiste de nature.

«J’ai l’habitude de voir le meilleur plutôt que le pire, mais là, je m’inquiète depuis un petit bout de temps, de ce qui va arriver notamment à la presse écrite, qui a toujours été mon point faible depuis très très jeune», confiait-elle, ajoutant que l’information allait certainement se transmettre différemment et avouant faire confiance à la relève.

«Je n’étais pas venue au congrès depuis plusieurs années, et je suis épatée par la relève, affirmait-elle. Elle est présente, elle participe, elle discute, elle pose des questions. Je me dit que malgré les remous, cette profession est belle et bien en vie. Je me reconnais quand nous, nous avions le même âge, pendant la révolution tranquille. J’ai été frappée par la qualité des œuvres qui ont été finalistes pour les prix Judith-Jasmin. Je suis donc rassurée par l’avenir de la profession.»

Un avenir sur lequel Paule Beaugrand-Champagne va peser durant les deux prochaines années au moins de son mandat à la présidence du Conseil de presse du Québec.

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