Le Conseil de presse doit poursuivre sa réflexion

Lise Millette, ProjetJ/

Profondément ébranlé par le départ de nombreux médias télévisuels et radiophoniques (TVA, CORUS, ASTRAL notamment) le Conseil de presse du Québec est en profonde réflexion. Nul doute que l’outil demeure perfectible, nul doute également que dans sa forme actuelle et en continuant de rendre des décisions sans modifier son modus operandi, il continue de s’attirer les foudres.

Le chroniqueur Nelson Dumais tire à boulets rouges sur une récente décision du conseil… l’impliquant. Certes, personne n’aime recevoir un blâme, mais le sujet a d’intéressant qu’il porte aussi sur un autre questionnement qui concerne cette fois la révision du code de déontologie des journalistes professionnels du Québec: la question des voyages gratuits ou plutôt sa mention.

Nelson Dumais explique que son statut de journaliste indépendant le place en somme dans une classe à part et que selon lui, «des compagnies informatiques ont payé mes dépenses lors d’événements qui m’ont permis de gagner ma croûte dans diverses publications de Transcontinental, Québécor, Radio-Canada et Gesca. Et ça continue parce personne n’a d’autres choix que celui-là. Et ce sera de pire en pire !»

D’ailleurs, comme les revenus des entreprises de presse s’érodent, Nelson Dumais est convaincu que «si ces médias, devaient défrayer les dépenses d’un voyage de trois jours à Los Angeles, pour prendre cet exemple fréquent, aucun n’y déléguerait de journaliste.»

Sans doute a-t-il raison sur ce point. Doit-on pour autant faire fi du bénéfice, même si la fin justifie les moyens? Est-ce que l’apparence de conflit d’intérêt doit être soulignée d’une quelconque manière pour éviter que le lecteur n’apprenne ou n’entretienne une certaine méfiance à l’égard du rédacteur? La question se pose et c’est un peu le sens de la décision du Conseil de presse. «Tout en constatant que cette pratique soit peu généralisée, le Conseil est d’avis que les médias doivent toujours mentionner explicitement les avantages dont ils profitent.»

Or n’en demeure pas moins que la couverture de certains congrès, certaines foires et événements ne seraient sans doute pas possible (comprendre rentable) pour un journaliste indépendant sans un accès gratuit. Dès lors, l’accès à l’information prime-t-il sur le principe et est-ce que ce type de considération devraient figurer parmi les réflexions du Conseil lors de son évaluation?

Prenons une autre situation. Hydro-Québec offre une visite de ses installations dans le Grand Nord. Les installations de la Société d’état ne sont pas accessibles autrement que sous escorte. La Société organise une visite de presse unique tous  transports payés. Est-ce que le travail journalistique est forcément remis en question? La troupe Cavalia offre à divers quotidiens des billets de presse pour sa première représentation, doit-on douter de la critique?

À quel moment est-ce que le «bénéfice» devient suffisamment important pour miner la crédibilité de la personne qui écrit un article et à quel moment le journaliste doit préciser qu’il profite effectivement de gratuité pour assurer sa neutralité? La question mériterait d’être étudiée.

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